Poiriers en espalier contre mur de soutènement perspirant

Un projet de réfection du mur qui surplombe ma propriété me conduit à préciser mon intention d’y recréer un jardin fruitier et potager. Mes activités du mois de juin m’ont permis d’avancer sur la question des arbres palissés que je compte replanter contre ce mur. Hélas, ces avancées sont contredites.

J’ai hérité en décembre 2021 de la maison dans laquelle j’ai grandi à Aurillac. La propriété, dans notre famille depuis la fin du 19me siècle, abrite un espace vert classé dans le Site Patrimonial Remarquable de la ville. Je compte réaménager cet espace après des dizaines d’années de dormance.

Ce jardin clos en terrasses exposé sud/sud-est a longtemps abrité des arbres fruitiers. Je me souviens des poiriers qui poussaient en espalier sur le grand mur du fond lorsque j’étais enfant. Je me rappelle des fils de fer qui maintenaient les arbres collés contre la paroi, des lézards qui la parcouraient derrière les rideaux de feuilles, le bruit du sable qu’ils faisaient tomber des interstices où déjà l’enduit qui jointait les pierres se désagrégeait.

Après avoir été informé d’un projet de renforcer ce grand mur de soutènement qui sépare mon jardin de l’annexe d’un lycée, j’ai entamé des recherches pour identifier les conditions de la compatibilité de ce projet avec mon propre projet d’aménagement.

Observation et prise de photos du mur

J’ai d’abord observé le mur de près. Voici quelques photos que j’ai prises mi-juin pour illustrer mon souhait de voir ce mur rester perspirant. Cette solution maximiserait les chances de succès de la réhabilitation du jardin fruitier et potager. Elle permettrait aussi de mettre en valeur un élément de patrimoine paysager et culturel dans le Site Patrimonial Remarquable, tout en donnant un sens à sa conservation dans un contexte de renouveau de l’agriculture urbaine.

Une image de mon jardin
Mon jardin de centre-ville, dont on voit bien deux des trois terrasses. Au fond, le mur de soutènement. A droite sous la troisième terrasse : le puits, qui contient 8m3 d’eau. Ce jardin a longtemps abrité des arbres fruitiers, mais aussi un potager. Photo 17 juin 2022, Aurillac, France.
Une image d'un ancien piton dans le mur
Un piton dans le mur de soutènement avec des restes de fil de fer destinés à guider les arbres fruitiers palissés. Ces pitons sont des marqueurs de l’histoire du lieu qu’il me plairait de conserver in-situ. Photo 18 juin 2022.
Une image de deux lézards sur le mur
Les lézards sont toujours là, participant à la biodiversité et à l’équilibre écosystémique du jardin le long du mur. Photo 14 juin 2022.
Une image montrant une voute à la base du mur
Cette voute à la base du mur m’a toujours intrigué. Un élément de patrimoine intéressant?
Une image montrant les 42 degrés du thermomètre sur le mur
En ce jour de juin, à 10 heures du matin, il faisait déjà 42°C au soleil. Ça ne va pas s’arranger avec le réchauffement climatique. Heureusement, le mur dans sa configuration actuelle permet des échanges d’humidité et de chaleur favorables au jardin. Photo 18 juin 2022.
Une image d'un trou de respiration dans le mur
Le mur « perspire »1, autrement dit est perméable à la vapeur d’eau, grâce aux mortiers utilisés lors de son renforcement et de son rehaussement au début du 20me siècle dans le cadre de la construction de l’annexe du lycée. Le mortier s’est dégradé au fil des décennies, laissant se creuser des interstices de plus en plus profonds. Le mur, contre terrier, émet ainsi depuis toujours une humidité qui évite le dessèchement de l’atmosphère dans le jardin, en particulier à proximité du mur. Des trous appelés barbacanes permettent également d’évacuer l’humidité excessive du talus vers l’extérieur. La barbacane visible en haut et à droite de la photo, située à hauteur d’homme, est profonde de 90 cm. Cette respiration du mur amène sans doute également un peu de fraîcheur en été. Photo 14 juin 2022.
Une image des pierres foncées
Les premiers 50 à 70cm suggèrent qu’on a laissé sa base en pierre sèches, ce qui permet au mur de respirer encore mieux. Les pierres foncées ont aussi l’avantage d’accumuler de la chaleur pendant la journée et de la restituer pendant la nuit. Elles contribuent ainsi significativement à la régulation de la température, utile en été lors des fortes chaleurs mais aussi au printemps, où elle limite le risque de conséquences néfastes des gels tardifs sur la production fruitière de l’année. Elles limitent aussi la réverbération des rayons du soleil qui peuvent brûler les feuilles et les fruits. Photo 18 juin 2022.

Eléments complémentaires recueillis au Colloque de Chambord

Le Colloque européen sur la conservation des jardins historiques fruitiers et potagers auquel j’ai participé au château de Chambord jeudi 23 juin 20222, suivi de visites de jardins le vendredi, a réuni plus de cent experts de six pays. Historiens des jardins, paysagistes, propriétaires de demeures historiques, responsables de parcs et jardins publics, chefs jardiniers, experts et formateurs en arboriculture fruitière et autres participants, nous avons poursuivi une réflexion sur le présent et l’avenir de ces jardins engagée il y a deux ans à l’initiative de l’association des Amis du Potager du Roi3 de Versailles et du Walled Kitchen Gardens Network4 britannique.

… Coupé dans mon élan…

Bon, il est inutile que j’aille plus loin pour l’instant. Je viens de lire un message du cabinet d’architecte commissionné par l’institution en charge de l’entretien du lycée qui surplombe mon jardin. Ils confirment leur intention de bétonner le mur sur toute sa hauteur pour le « sécuriser », ce qui fera disparaître les pierres apparentes mais surtout toutes les propriétés perspirantes du mur.

Je tiens quand même à dire deux choses. 

La première, c’est que j’ai découvert cette intention de bétonner ce mur le 8 juin 2022, n’ayant jamais été informé auparavant d’un projet de réfection autrement que par des ouï-dire provenant de propriétaires voisins également concernés par ce projet. Quelle urgence de « sécuriser » la partie du mur qui me concerne justifie-t-elle une telle absence de consultation, voire de simple respect des procédures normales d’urbanisme? 

La deuxième, c’est que j’ai réagi tout de suite pour faire part au maître d’œuvre de mon projet de réhabilitation du jardin, et engagé le travail présenté ci-dessus pour préciser mes intentions. Mes discussions au château de Chambord m’ont permis de conclure que mes aïeux avaient judicieusement planté des poiriers en espalier contre ce mur ensoleillé et que je pourrais améliorer la technique de palissage de nouveaux arbres en ménageant un espace plus grand entre eux et le mur. Je comptais également choisir des arbres suffisamment vigoureux pour ne pas nécessiter d’interventions humaines requérant des compétences d’experts de la conduite des arbres en formes jardinées. Cette solution, différente de celles généralement appliquées dans les jardins historiques fruitiers et potagers prestigieux, correspond mieux à mon sens à ce que peut être un jardin domestique nourricier de maintenance facile qui se transmet de génération en génération.

Il me semble évident que le projet de réfection du mur décidé par les autorités ne tient absolument pas compte des spécificités de ma propriété, de son histoire et de mes intentions de la mettre en valeur.

Il me semble également qu’il va à l’encontre de ce que nous devrions tous faire en matière de développement durable, c’est-à-dire :

  • minimiser nos émissions de gaz à effet de serre (plaquer 15cm de béton armé sur ce mur est-elle la seule solution possible pour le sécuriser?)
  • maximiser nos chances de limiter les effets néfastes d’épisodes climatiques d’amplitude et d’intensité croissantes (quels seront des effets d’un mur exposé au soleil de quinze mètres de large sur plus de six mètres de haut qui ne respire pas du tout sur les cultures du jardin clos qu’il surplombe?)
  • travailler ensemble, nous entendre pour trouver les meilleures solutions dans la durée en profitant des apports de chacun (une motivation particulière, une vision d’avenir et des compétences pour la mettre en œuvre, ici en matière de création et de développement d’un jardin domestique nourricier valent-elles d’être respectées?)
  • considérer les espaces verts et les autres éléments de notre patrimoine comme des lieux où l’homme se développe en harmonie avec lui-même et dans le respect de son milieu et de ses pairs (les Sites Patrimoniaux Remarquables ne doivent-ils pas être exemplaires en la matière?)

A suivre.

Références :

  1. https://lamaisonnature.ch/les-materiaux/mursperspirants/
  2. http://europeangardens.eu/events/event/colloque-europeen-sur-la-conservation-des-jardins-potagers-et-fruitiers-historiques-chambord-france-3/
  3. http://www.amisdupotagerduroi.org
  4. https://www.walledgardens.net/about-us/

1 thought on “Poiriers en espalier contre mur de soutènement perspirant

  1. Coucou Jean Jacques,J’espère que tu vas bien…Je viens de lire ton article super intéressant…J’espère vraiment que tu vas pouvoir conserver ton mur, et aboutir ton projet de poirier en espalier, c’est vraiment  beau.  et c’est la mémoire du lieu, c’est tellement important de la conserver …T’es dans le Cantal ou en Angleterre …Ou peut-être être ailleurs…Dis moi quand tu seras en Auvergne …Très bel été à toi et à Jack, si elle est avec toi 😀Gros bisous à tous les deux 😘☀️🌿🌸🌳

    Envoyé depuis Yahoo Mail pour iPhone

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s